L’enclave au Chagrin
Ce poème est une réaction à la tragédie des candidats à l’immigration clandestine. Une tragédie dont les enclaves espagnoles de Ceuta et de Melilla au Maroc sont le théâtre malgré elles. Quand pour les malheureux indésirables, immigrer n’est que le seul espoir – puisque fuyant guerre et misère – et pour les responsables marocains et espagnols, réprimer la réaction – puisqu’il leur faut contrôler l’immigration, alors à qui porter le blâme sinon que sur l’enclave au chagrin.
Triste enclave de Melilla
Je reste dans ma médina
Célèbre Melilla, Je te crains
Tu es un recoin au chagrin
Non ! Ce n’est pas de ta faute
Mais je ne suis pas une taupe
Pour cela je ne te visiterai point
Je reste dans mon pauvre recoin
Je ne peux pas oublier ces regards
Jetés par ces individus hagards
Qui n’ont de choix que de s’asseoir
D’attendre, de nourrir un vain espoir
Ils ont quitté de chez eux sans chaussures neuves
Payant leurs frais de transport du denier de la veuve
Pour se retrouver dans ton enceinte bornée
Leurs lèvres par la soif et la faim cornées.
Non ! Ce n’est pas de ta faute
Mais je ne suis pas une taupe
Pour cela je ne te visiterai point
Je reste dans mon pauvre recoin
Ces gabarits qui n’ont rien de moins que les autres
Mais parce que de leur misère tu as été un apôtre
Se retrouvent en ton sein sans soins
Comme mâché par un cheval du foin.
Triste enclave de Melilla
Je reste dans ma médina
Célèbre Melilla, Je te crains
Tu es un recoin au chagrin
Tu leur as miroité et promis la possibilité du passage
Maintenant ils manquent de leurs femmes le massage
Mais pourquoi inutilement cet enfer sur terre
Hélas ! Qu’ils ne puissent sauter comme panthère.
Pour surmonter cet entourage sinistre
Qui fera pleurer même un ministre
Non ! Ce n’est pas de ta faute
Mais je ne suis pas une taupe
Pour cela je ne te visiterai point
Je reste dans mon pauvre recoin
Melilla tu n’es sincèrement pas un bon hôte
Pour rien au monde je ne blaguerai mes potes
Je leur recommanderai de se tenir à carreau
En sécurité loin de ces redoutables bourreaux
Prière ! Tenez-vous-le pour dit
Ceux qui y sont ne l’ont pas prédit
Vous avez la chance de m’avoir entendu
Avant que tout pour vous ne soit perdu
Triste enclave de Melilla
Je reste dans ma médina
Célèbre Melilla, Je te crains
Tu es un recoin au chagrin
Melilla, tu es un miroir aux alouettes
Un petit terroir qui fait tourner les têtes
Qu’est-ce que cela te coûte d’être franche
Et d’avertir qu’il n’y a rien outre-Manche.
Qu’est-ce que cela te coûte d’être franche
Et d’avertir que tes barbelés tranchent
Ou de dire que l’Europe n’est pas l’Eldorado
Pour que l’on y aille cliques et claques sur le dos
Non ! Ce n’est pas de ta faute
Mais je ne suis pas une taupe
Pour cela je ne te visiterai point
Je reste dans mon pauvre recoin
Lire un article de presse sur l'enclave au chagrin
