Thursday, November 17, 2005

L’enclave au Chagrin

Ce poème est une réaction à la tragédie des candidats à l’immigration clandestine. Une tragédie dont les enclaves espagnoles de Ceuta et de Melilla au Maroc sont le théâtre malgré elles. Quand pour les malheureux indésirables, immigrer n’est que le seul espoir – puisque fuyant guerre et misère – et pour les responsables marocains et espagnols, réprimer la réaction – puisqu’il leur faut contrôler l’immigration, alors à qui porter le blâme sinon que sur l’enclave au chagrin.

Triste enclave de Melilla
Je reste dans ma médina
Célèbre Melilla, Je te crains
Tu es un recoin au chagrin

Non ! Ce n’est pas de ta faute
Mais je ne suis pas une taupe
Pour cela je ne te visiterai point
Je reste dans mon pauvre recoin

Je ne peux pas oublier ces regards
Jetés par ces individus hagards
Qui n’ont de choix que de s’asseoir
D’attendre, de nourrir un vain espoir

Ils ont quitté de chez eux sans chaussures neuves
Payant leurs frais de transport du denier de la veuve
Pour se retrouver dans ton enceinte bornée
Leurs lèvres par la soif et la faim cornées.

Non ! Ce n’est pas de ta faute
Mais je ne suis pas une taupe
Pour cela je ne te visiterai point
Je reste dans mon pauvre recoin

Ces gabarits qui n’ont rien de moins que les autres
Mais parce que de leur misère tu as été un apôtre
Se retrouvent en ton sein sans soins
Comme mâché par un cheval du foin.

Triste enclave de Melilla
Je reste dans ma médina
Célèbre Melilla, Je te crains
Tu es un recoin au chagrin

Tu leur as miroité et promis la possibilité du passage
Maintenant ils manquent de leurs femmes le massage
Mais pourquoi inutilement cet enfer sur terre
Hélas ! Qu’ils ne puissent sauter comme panthère.
Pour surmonter cet entourage sinistre
Qui fera pleurer même un ministre

Non ! Ce n’est pas de ta faute
Mais je ne suis pas une taupe
Pour cela je ne te visiterai point
Je reste dans mon pauvre recoin

Melilla tu n’es sincèrement pas un bon hôte
Pour rien au monde je ne blaguerai mes potes
Je leur recommanderai de se tenir à carreau
En sécurité loin de ces redoutables bourreaux

Prière ! Tenez-vous-le pour dit
Ceux qui y sont ne l’ont pas prédit
Vous avez la chance de m’avoir entendu
Avant que tout pour vous ne soit perdu

Triste enclave de Melilla
Je reste dans ma médina
Célèbre Melilla, Je te crains
Tu es un recoin au chagrin

Melilla, tu es un miroir aux alouettes
Un petit terroir qui fait tourner les têtes
Qu’est-ce que cela te coûte d’être franche
Et d’avertir qu’il n’y a rien outre-Manche.

Qu’est-ce que cela te coûte d’être franche
Et d’avertir que tes barbelés tranchent
Ou de dire que l’Europe n’est pas l’Eldorado
Pour que l’on y aille cliques et claques sur le dos

Non ! Ce n’est pas de ta faute
Mais je ne suis pas une taupe
Pour cela je ne te visiterai point
Je reste dans mon pauvre recoin

Lire un article de presse sur l'enclave au chagrin

Tuesday, November 15, 2005

A Béatrice Murail

A l’ère de l’anglicisme à tous vents, il y a une pratique de la langue française qui renverrait Molière dans sa tombe. L’on me demandera en quoi cela me regarde, « puisque cette langue n’est pas la tienne ». Eh bien ! Pas la mienne, certes! Mais comme à Senghor, elle m’a ouvert la porte aux riches gisements du savoir. Par le Français, je suis heureux d’avoir lu l’Encyclopédie et la traduction de La République de Platon. Quoique minablement éloquent dans cette langue hautement expressive – comme du reste je le suis dans mon Mooré maternel (l’éloquence étant ce en quoi je suis le plus naturellement déficient, comme chacun de vous a sa faiblesse), n’empêche que j’admire l’ardeur de ceux qui – comme Béatrice et Xavier – dans cette jungle langagière se posent en défenseurs d’un puritanisme dans l’expression.

Je te vois offusquée par telle incongruité
Ce qui me semble loin d’être une futilité
De la langue il faut aujourd’hui ses défenseurs
Comme de par le passé elle a eu ses bâtisseurs

Mais dans ta tâche, il te faut du courage
Car de l’insouciant tu affronteras la rage
Lui qui veut s’offrir une liberté interdite
Toi qui lui rappelles une aventure inédite

Pourquoi meeting quand on a rencontre
Et rubbles quand on dispose de décombres
Sinon que de Senghor on ne garde plus la rigueur
Et quand tu le relèves on te réserve la rancœur

De la langue il faut aujourd’hui ses défenseurs
Comme de par le passé elle a eu ses bâtisseurs

Il ne s’agit pas là d’être conservateur
Non, mais de la raison être un recteur

Pourquoi Dieu créerait-il à part le français
Si c’est pour qu’on le confonde à l’irlandais
Oserez-vous au créateur désobéir
Qui l’a assemblé pour vous réjouir

Pour vos égratignures et les miennes contre la langue
Pour ne pas finir au forceps usant de mots exsangues
Et la communicabilité du verbe par l’irraison détruire
Il est temps de songer vite et sincèrement au repentir

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Monday, November 14, 2005

Réflexion Sur La Poésie

Doit-on de nature tout faire rimer
Quand des vers ardûment on écrit
Ou d’origine doit-on le message primer
De peur qu’un lecteur inquiet ne s’écrie

Dispensez-nous de ce vain simulacre
Et d’un inutile épanchement d’encre
Sur des si misérables feuilles vierges
Oh ! Si vous êtes dépourvus de verve

Je ne suis de ceux qui font de la poésie un lucre
Mais comme de bonne heure creuser un sépulcre
Certes, pareille apostrophe me donne un sincère vertige
Et son impertinent auteur je voudrais sonner d’une tige

Mais plutôt cette question je lui renvoie
Ah ! Doit-on des poèmes faire un journal
Pour contenter un esprit irréfléchi et banal
Et aboutir au confinement de l’art aux abois

Voici mon minable avis sur le sujet exposé
Trancher comme d’une hache il faut oser
Et en dernier ressort humblement je dirai

L’on se passerait des rimes dans les vers
Le soleil ne se couchera point à l’envers
Mais ce serait comme n’en plus planter les roses
Et voir dame nature devenir d’une beauté morose


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Pourquoi j'écris?

Que seigneur pourquoi j’écris
La question me trotte à l’esprit
Sans préavis, elle me harcèle
Et me laisse un plomb à l’ail

Jusque là bizarrement j’en étais quitte
Puis vint cette nuit d’une noirceur profonde
Et mon amour me balança le coup de fronde
Amour, pourquoi d’écrire tu ne quittes

Mon amour, certes écrire j’en suis épris
Mais de grâce qu’aucun n’en soit surpris

Telle fut ma réponse soudaine, inopinée
Mais mentir je ne saurais m’en obstiner

Que Dieu, alors pourquoi j’écris
Le harcèlement m’ayant étourdi
Et n’arrêtant jamais de me stresser
Désormais je devrais me confesser

J’ai donné la preuve de ma nullité
A l’oral de cet outil de l’universalité

Mais j’y suis obligé et mes mots me trahissent
Insidieusement ils veulent que parler je haïsse
Dans leur ignorance que l’oral est mon aubaine
Ils s’en moquent et m’abandonnent dans la peine

Ils me figent dans le malheur
Et pour atténuer ma douleur
Je ne puis, hélas, faire recours à la vitamine
Plutôt de mon stylo je me tourne vers la mine

Ainsi dans l’écriture je me plonge
Et quand on me le reproche je ne bouge
Car c’est là que je cherche ma consolation
Et je ne désespère d’y trouver ma collation

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